J'essaie de reprendre mon souffle, mais lorsque je me cache sous les couvertures pour pleurer, la vie s'étrangle doucement, doucement... Cette douleur incessante, fluctuante, s'approche et danse, dévêtue de tout complexe, me hante lorsqu'elle a le mal du pays. Expulsion. Ce mot fait couler la bave le long de mes lèvres qui n'ont plus en bouche que le goût des larmes diluviennes lorsque viennent le soir ou les jours de pluie. Je veux la rendre orpheline, l'assassiner une fois pour toute. Combien de temps. Combien de temps faudra-t-il pour la convaincre de se taire, de m'épargner, de me laisser une chance de survie et de laisser l'autre s'échapper, sans devenir folle. Pourquoi ces réminiscences, cette inconstance, ce mépris de l'autre, cette envie de faire mal parce qu'on a soi-même souffert. Que faut-il pour briser le mur et passer de l'autre côté, là enfin où l'hystérie s'évapore et le temps fleure bon le pardon. C'est si facile. Si facile quand tout va bien, les jours de lucidité et de relativisme, quand vous vous levez le matin et que vous sentez qu'il n'y a aucune raison d'être ainsi, démuni, affaibli, sans perspective. Ce sont ces matins pleins d'optimisme et de charme, qui font bien d'exister pour vous permettre de vous relever, même trop rares, ils persistent. Et puis il arrive que vous simuliez le bonheur, dans la rue, un sourire surgissant à l'improviste, vous vous dites que ça y est, que vous touchez du doigt ce petit quelque chose qui... Et cet espoir niais, indicible, sans fondement, plein de naïveté, qui débecte l'autre et vous pousse à vivre. Et cet espoir fou, d'avoir une autre chance, dans cette autre vie, où vous serez un(e) autre qu'aujourd'hui. Il existe mille vies, mille espoirs, mille raisons d'être, mille demains, un seul aujourd'hui, un seul passé, truffés de tristesse, la seule et même tristesse, dont vous êtes fucking dépendant. Je ris, je pleure, je vis, j'espère, je vomis sur le bien, le mal, les deux qui se confondent. Je n'ai pas de réponse. Je suis étrangère à ma vie et j'avance les bras tendus vers un ciel sans couleur.